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06/26/2004

Vos devoirs de (mes) vacances

Je pars aujourd'hui en vacances (France, avec escale en Islande). Je serai de retour pour la convention des Démocrates à Boston, fin juillet.
Kerry et Bush sont toujours au coude-à-coude dans les sondages. Mais la vérité, c'est que les sondages nationaux n'ont pas grande importance. Pourquoi?
Lors de l'élection présidentielle, le candidat qui est en tête dans un Etat raffle tous les grands électeurs de cet Etat: "Winner takes all". On sait déjà que le Texas ira à Bush, et que New-York ira à Kerry: sonder les Texans ou les New-Yorlais est inutile.
Ce qu'il faut suivre, ce sont les enquêtes d'opinion dans les 16 Etats qui "balancent" entre les deux: les "swing states". Et particulièrement dans les plus peuplés: la Floride (27 grands électeurs), la Pennsylvannie (21) l'Ohio (20), le Michigan (17), le Missouri (11)...
Dans ces Etats, Kerry n'est pas si mal placé (il battrait Bush dans 12 des 16 swing states) . Le problème pour lui, c'est que ce sont des Etats qui, dans la "guerre culturelle" américaine, penchent plutôt pour le conservatisme moral. Bush a donc tout intérêt à en rajouter sur sa foi religieuse et à attiser les débats sur la question du mariage gay et de l'avortement.
Comment Kerry peut-il contrer de telles offensives? S'il fait le dos rond, pour ne pas prendre le risque de s'aliéner ces "swing states", il passe pour un grand mou sans tripes. C'est un peu ce qu'il fait jusque là, mais il court le danger d'une grande dégringolade finale dans l'opinion américaine.
Mais s'il assume ses convictions et attaque bille-en-tête le conservatisme moral de Bush, il déplaît aux électeurs de ces Etats-clefs.
Kerry doit-il ou non s'écraser? Pendant mon absence, je compte sur vous pour en débattre.
A bientôt.
P.R.

juin 26, 2004 | Permalink | Commentaires (54)

06/23/2004

Parlez moi de Moore

Je n'ai pas encore vu Fahrenheit 9/11, mais je suis impressionné par l'ampleur de la campagne de lancement du film: les dépenses de marketing représentent le double du coût de production.
Aux fans de Moore désireux de tempérer un peu leur enthousiasme, je suggère cette féroce critique signée Christopher Hitchen dans Slate. Elle est titrée "unfairenheit 9/11" (unfair = injuste). Hitchen est un drôle d'oiseau. Anglais, issu de la gauche (il bossait pour The Nation), il s'est rapproché des néo-conservateurs depuis deux ans. Une mue intéressante à suivre: elle m'a fait mieux comprendre comment les "néo-cons" avaient pu passer de gauche à droite à partir de la fin des années 60.
Le film de Moore sort vendredi avec le label "R" : cela signifie que les moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte. Le cinéaste a -comme toujours- hurlé à la censure, et il a fait appel pour obtenir le label "PG13" (explication des labels: ici). Mais il a perdu hier. On peut trouver absurde -c'est mon cas- qu'un documentaire soit classé "R". Mais il était assez évident que Fahrenheit 9/11 le serait, puisqu'il montre des cadavres d'Irakiens, et une décapitation. La Motion Picture Association of America, qui se charge d'accorder les labels, a en effet le"R" très facile. Trois "fuck!" et un "motherfucker" et vous êtes bon. Pour vous dire, même la gnangnan "Amélie Poulain" avait eu droit au R infamant!
P.R.

juin 23, 2004 | Permalink | Commentaires (18)

06/20/2004

C'est le mois des "ex"

Après deux semaines Reagan, s'ouvrent deux semaines Clinton. Pendant ce temps, l'Amérique oublie un peu Bush et beaucoup Kerry. Clinton lance son bouquin de 957 pages, ce soir chez Dan Rather ("60 minutes", sur CBS) et s'apprête à sillonner le pays pour le vendre. Question: va-t-il faire du bien ou non à la campagne de John Kerry?
Clinton apporte, côté positif, son bon bilan économique. L'Amérique allait mieux à la fin de son ère qu'au début. George W. Bush ne peut pas en dire autant.
Côté négatif, l'ex président est encore un personnage ultra-controversé, qui donne l'image d'un manque de discipline et de moralité. Ce matin encore, le critique du New York Times s'étrangle en évoquant son bouquin "débraillé", qu'il juge à l'image de sa présidence.
A mon sens, l'aspect positif l'emportera. Kerry et Clinton sont trop différents pour qu'on les confonde. L'ex-président est un beau parleur, dont les discours ne peuvent qu'aider le laborieux Kerry. Mais mieux vaut qu'ils fassent campagne chacun de leur côté, pour ne pas accentuer un contraste déjà peu favorable au sénateur du Massachusetts (souvenez vous du grand gala de Washington).
P.R.

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juin 20, 2004 | Permalink | Commentaires (6)

06/14/2004

W sur le Divan

Un psychiatre, Justin A. Frank, professeur à l'université George Washington s'apprête à publier une psychanalyse sauvage de George W. Bush. Il a exploré ses traumatismes (de la mort de sa petite soeur à ses problèmes d'alcool en passant par l'absence physique et émotionnelle du père...), décrypté son langage plein de lapsus, analysé son comportement politique... Son diagnostic: l'ex-alcoolique Bush aurait été "mal traité". Il affiche des tendances "sadiques", "paranoïaques" et "mégalomanes". Il ne fait pas bien la différence entre lui-même l'Amérique et Dieu.
Ce qui nuit un peu à la démonstration de "Bush on the Couch": Justin Frank est démocrate et préconise, comme traitement, la défaite du président en novembre.
P.R.

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juin 14, 2004 | Permalink | Commentaires (9)

06/10/2004

Reaganite

Je suis de retour de Savannah (pour le G8). Là, les grands écrans dans la salle de presse ne diffusaient que des images du cercueil de Reagan. Les télés sont devenues un peu folles, comme toujours.A ceux qui en ont ras-le-bol de la ladydisation dégoulinante de l'ancien président, je conseille cet antidote.
P.R.
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juin 10, 2004 | Permalink | Commentaires (13)

06/05/2004

Impact d'une mort

Mort de Ronald Reagan, président-héros. Bon pour Bush, puisqu'il s'en réclame. Pas mauvais pour Kerry, car cela aurait pu arriver en octobre.
P.R.
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juin 5, 2004 | Permalink | Commentaires (14)

06/04/2004

A propos de la démission "pour raisons personnelles"

Je suis généralement assez nul en prédictions politiques. Cette fois pourtant, je ne suis pas peu fier, car j'avais annoncé à plusieurs amis, au moment du débat sur la démission de Rumsfeld, que c'est la tête de Tenet, directeur de la CIA, qui roulerait la première, et très rapidement. Le raisonnement que je leur tenais: puisque Bush ne peut virer Rumsfeld (l'incarnation de la guerre), il doit trouver une autre soupape pour éviter l'explosion de la cocotte-minute. Or, il n'y avait, à mes yeux, qu'un candidat possible à ce rôle: George Tenet (la CIA étant, comme le Pentagone, mouillée dans le scandale d'Abu-Ghraib).
Quand Ricardo Sanchez, le général qui commande les forces en Irak, a été muté, je me suis dit que je m'étais planté. Jusqu'à hier.
La démission de Tenet n'a pas livré tous ses mystères. Le NY-Times évoque notamment le rôle joué dans la décision de Tenet par un rapport sénatorial, dévastateur pour la CIA, qui doit être publié prochainement.
L'a-t-on poussé à partir? Il jure que non et se réfugie derrière les classiques "raisons familiales". Mon impression, c'est qu'il est parti de lui même... mais parce qu'il sentait que personne ne lui demandait de rester. Ce qui revient à se faire virer tacitement.
Quand il est allé voir Bush avec sa lettre de démission, mercredi soir, ce dernier ne l'a visiblement pas supplié de rester à son poste jusqu'à l'élection.
P.R.
C'est aussi dans libé.

juin 4, 2004 | Permalink | Commentaires (6)

06/01/2004

Le climat change

De retour de Roanoke, au fin fond de Virginie.
Là, un vétéran de la seconde guerre mondiale me dit qu’il regrette de s’être énervé contre la France l'an dernier (“Chirac avait raison”) et il m'assure que, dans cette région conservatrice, le climat politique change rapidement, à cause de l’Irak (“Je suis sûr que Bush va perdre”). Mon confrère de RTL, Thomas Legrand, revient quant à lui d’un reportage à Rantoul, un bled à deux heures de route au sud de Chicago. Il a, me dit-il, rencontré des tas de Républicains agacés par Bush (écoutez son reportage ici). Hier soir, lors d’une “Block Party” dans ma rue, un voisin me rappelle que les américains, qu’ils soient Démocrates ou Républicains, sont très allergiques au “nation engineering”. Ils détestent l’idée que les Etats-Unis envahissent un autre pays dans le seul but d'aller expliquer à ses habitants quelle société ceux-ci doivent bâtir. Sans aller jusqu'à voter Kerry, beaucoup de républicains modérés s'abstiendront le 2 novembre.
Le climat politique a vraiment changé depuis quelques semaines. C’est bon pour John Kerry qui, sans faire grand chose, gagne du terrain (un peu). Joe Trippi, l'ex-stratège politique d'Howard Dean, prédit déjà un raz-de-marée, grâce à une désaffection massive des électeurs républicains: il n'aime pas trop Kerry, mais pense que les démocrates vont raffler non seulement la Maison Blanche mais aussi les deux chambres.
Mais à vrai dire, rares sont ceux qui, comme lui, vendent la peau du Bush. La route est encore longue d’ici le 2 novembre.
P.R.

juin 1, 2004 | Permalink | Commentaires (10)