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08/31/2004

Laura et Arnold

Nous ne sommes pas très bien placés sur les gradins de la convention républicaine: derrière le podium. Mais cela offre quelques avantages. Ainsi, nous sommes parmi les seuls à savoir que Laura Bush, qui est actuellement en train de dire des choses gentilles sur son mari dans le micro, lit son discours sur une seule jambe. Comme une cigogne. Elle soulève la jambe gauche en arrière, puis la droite. C'est très curieux.
Elle est vraiment très populaire, Laura, presqu'autant que sa belle mère Barbara. "Elle nous ressemble" me disait tout à l'heure un délégué du Dakota du sud. J'étais alors dans la foule, en bas, quand Arnold Schwarzenegger est monté à la tribune pour lire son discours. Un bon discours -certes très basique, comme le constate Fabrice - mais bien construit, gai et optimiste. Il a eu le don de galvaniser littéralement des Républicains, qui jusque là se perdaient avec aigreur dans leur triangle des bermudes: sécurité-terrorisme-guerre.
P.R.

Et dans libé.

août 31, 2004 | Permalink | Commentaires (4)

Moore dans la fosse aux lions

Convention dégoulinante de patriotisme et d'images militaires. Ambiance un peu molle. Le Républicain danse moins que le Démocrate. Il porte plus souvent un chapeau de cowboy.
Michael Moore a débarqué dans les gradins de la presse (il tient une chronique de la Convention pour USA Today) et s'est assis à quelques mètres de nous. Dans la salle, les milliers de militants républicains l'ont repéré et l'ont longuement hué au beau milieu du discours de John McCain (qui avait fait une allusion à son film 911). Puis ils ont scandé, en le pointant du doigt: "four more years! four more years!". Moore a marmonné avec sa grosse tête de brave gars ravi: "two more months!" ("2" sur la photo).
P.R.
Dans Libé ici et .

août 31, 2004 | Permalink | Commentaires (11)

08/29/2004

New York, New York

La convention républicaine commence. Première impression: l'accueil des journalistes français est moins chaleureux qu'à Boston, le mois dernier, chez les démocrates. Je pose une question à une militante qui me demande, presque étonnée: "Vous avez bien dit que vous étiez Français?" Ben oui, je balbutie. "Ah... la France...", soupire-t-elle. Puis elle pose ses deux mains sur mes épaules, du genre "maintenant, je ne rigole plus, je suis grave". Et elle dit: "Vous ne nous avez pas vraiment soutenus, à un moment difficile, n'est-ce pas?". Je sens chez elle de la rage. J'essaye de lui expliquer que je suis un journaliste, pas le ministre des Affaires étrangères, mais elle me coupe: "Je ne peux pas vous parler".
Ces militants républicains ont, il est vrai, de quoi être sur les dents: ils ne peuvent pas sortir de leur hôtel sans tomber sur des manifestants qui crient leur ras-le-bol de Bush.
P.R.

août 29, 2004 | Permalink | Commentaires (5)

08/25/2004

Une petite pique de Dick

Parce qu'il est très dur en matière de défense et de politique étrangère, Dick Cheney est la coqueluche de la droite radicale américaine. Pourtant, il n'est pas très religieux (comparé à Bush ou Ashcroft), il est discret sur l'avortement, il soutient la recherche sur les cellules souches (du moins si l'on en croit David Frum, dans The Right Man, p.106-7), et surtout, il ne partage pas l'homophobie qui règne les franges droitières du parti. Sa fille Mary (cf. photo) est lesbienne, ce qui facilite cette ouverture d'esprit.
Mardi, à Davenport dans l'Iowa, il a eu le courage d'afficher son désaccord avec Bush sur le sujet. Interrogé par un électeur, il a déclaré qu'il n'était pas, personnellement, en faveur de l'amendement constitutionnel que Bush cherche à pousser pour interdir le mariage homosexuel. "Lynne et moi avons une fille gay" a-t-il commencé. "Mon opinion générale, c'est que la liberté, cela signifie la liberté pour tous. Les gens devraient pouvoir être libres d'avoir une relation avec qui ils veulent (...) J'ai été clair il y a quatre ans, quand j'ai abordé la question [du mariage] lors du débat avec Joe Lieberman: à mon avis, c'est au niveau des Etats qu'il est le plus approprié de décider". Puis Cheney a rappelé la position de Bush et conclu: "c'est le président qui conduit la politique de cette administration".
Comment cette déclaration va-t-elle être perçue par les Républicains? A l'heure où Bush cherche des voix au centre, poussant sous les projecteurs des gens comme Schwarzenegger, Bloomberg, Giuliani, McCain, ou le sénateur démocrate Miller, la pique de Cheney ne peut pas, à mon sens, faire trop de mal. Les organisations familiales de droite ont d'ailleurs réagi plutôt mollement: le Family Research Council a ainsi fait part de sa "déception" face aux messages "brouillés" envoyés par la Maison Blanche.
En 2000, quatre millions d'homosexuels sont allés aux urnes, et un quart d'entre eux ont donné leur voix à Bush. Cette année, on s'attend à ce que leur vote aille plus massivement encore pour le candidat démocrate. La sortie de Cheney peut aider à limiter les dégats. Les "Log Cabin Republicans" ont applaudi les propos du vice president, mais ils n'ont pas encore décidé de soutenir la candidature de Bush, réservant leur position jusqu'à la Convention de New York. Ils sont particulièrement furieux de la plate-forme en cours de préparation, qui les ignore complètement.
P.R.

août 25, 2004 | Permalink | Commentaires (5)

08/23/2004

Diffamez, diffamez...

Le match vietnamien devrait être simple à trancher: Il y a 35 ans, Bush s'est planqué pendant que Kerry passait quatre mois dans l'horreur de la guerre.
Mais les Républicains sont très forts: ils ont réussi, avec un spot de publicité clairement diffamatoire, à faire porter le débat sur le degré d'héroïsme de Kerry, et sur l'honnêteté du récit de ses exploits. Résultat: les journaux consacrent des pages à déterminer, je caricature à peine, si les balles ont sifflé à 20cms ou à 50 cms du visage de Kerry le 13 mars 1969. Ou alors sur le degré de gravité de ses trois blessures. Tout ceci est ubuesque, mais apparemment, ça marche très bien: les démocrates sont sur la défensive. Le Vietnam, ex-atout majeur de Kerry, devient presque un embarras.
(Qui a dit: "diffamez, diffamez, il en restera toujours quelque chose?" Voltaire?)
P.R.
Aussi dans Libé.

août 23, 2004 | Permalink | Commentaires (19)

08/20/2004

Un film tue-le-Moore.

A lire Salon.com, des Républicains préparent un contre-Fahrenheit: un documentaire qui prendrait celui de Moore à rebrousse-poil, vantant les qualités de leader de Bush et traînant Kerry dans la boue. Ironie: le groupe de conservateurs qui concocte ce documentaire est le même qui avait porté plainte contre Fahrenheit 911, au motif que le film de Moore était un outil electoral violant la loi sur le financement des campagnes. Chacun des arguments qu'ils avaient soulevés peut aujourd'hui aisément se retourner contre eux. Leur film risque de poser un problème juridique encore plus important que celui de Moore, tant sont étroits les liens entre ses auteurs et la campagne Bush-Cheney. Ainsi, le réalisateur, Lionel Chetwynd, est aussi l'auteur de clips qui doivent être projetés pendant la convention républicaine de New York...
P.R.

août 20, 2004 | Permalink | Commentaires (10)

08/19/2004

"Oh là là, ma chéwie, c'est twès bonne!"

Une (prétendue) ancienne maîtresse de John Kerry vient de créer un site web et donner une interview pour raconter son flirt avec le candidat démocrate (entre les deux mariages de ce dernier).
Entre nous, cette Lee Whitnum, alias Lee Roystone, a l’air complètement tarte, ce qui me donne à penser qu’il puisse s’agir d’une simple mythomane (l'autre option: Kerry serait un cavaleur misogyne). Bon, tout cela ne devrait pas avoir un impact terrible sur la campagne. A part, peut-être, cette révélation savoureuse: “John would whisper French phrases in my ear. I would say, 'Speak to me in French!' and so he'd do it. I don't know what he was saying. I don't speak French”. Cette évocation du "Jean Chéri" qui sommeille sous John Kerry ne manquera pas de faire les choux gras de conservateurs dont je vous ai déjà parlé ici, et encore .
P.R.

août 19, 2004 | Permalink | Commentaires (2)

08/17/2004

Bush et sa bouée

"Si tu ne peux pas retirer tes GI d'Irak, retire les donc d'Allemagne ou de Corée"
Proverbe électoral texan

Le redeploiement de 70 000 hommes basés à l'étranger, sur 10 ans, a déjà été annoncé plusieurs fois ces derniers mois par le Pentagone. Mais hier, c'est Bush qui s'en est chargé: une annonce solennelle, faite à partir d'un des "swing states" les plus cruciaux de l'élection, l'Ohio. Il s'agissait pour lui de montrer, à quelques jours de la convention républicaine de New York, qu'il reste le commandant en chef du pays, seul capable de penser en termes de "stratégie".
Guerre, 11 septembre, défense, terrorisme... Bientôt, Bush ne parlera plus que de cela: la sécurité (au moment où j'écris cela, il est minuit 45, et j'entends des hélicoptères tourner dans le ciel de Washington). Dans les sondages, c'est le seul domaine dans lequel les américains lui accordent encore un peu plus confiance qu'à Kerry. Le président s'agrippe donc très fort à cette bouée de secours, de façon un peu pathétique, pendant que deux gros boulets accrochés à ses pieds -l'Irak et l'économie- le tirent vers le fond.
Au sein du camp conservateur, la crainte d'une défaite fait son chemin: on entend des craquements, du côté du centre (exemple ici). Des chroniqueurs, qui soutenaient jusque là sans trop de réserve le président, le critiquent désormais ouvertement (je pense par exemple à David Brooks). L'équipe de campagne de Bush cherche à colmater les brêches centristes par lesquelles le bateau républicain menace de prendre l'eau. Ils mettent en avant des modérés comme John McCain ou Arnold Schwarzenegger. Ils seront deux des orateurs-clefs de la convention de New York, bien qu'ils n'aiment, ni l'un ni l'autre, le président. Pendant ce temps, Cheney-le-radical devient un poids de plus en plus lourd à porter pour Bush. Mais qu'en faire? L'écarter au dernier moment serai un aveu d'échec terrible, tant le vice-président est devenu l'incarnation des politiques menées sous le premier mandat. Le cacher un peu plus?
Si dans les jours qui viennent cette atmosphère (de fin de règne, déjà?) s'alourdit encore, la convention de New York risque d'être assez passionnante à suivre. Suffira-t-elle à remettre Bush en selle et l'amener à la victoire? Cela relèverait désormais, à lire David Broder, chroniqueur politique du Washington Post, du "miracle politique". Mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours: ce dernier a déjà commis, en 2000, une victoire-miracle.
P.R.
Ps: le transcript du briefing de Cook (lire ci dessous) est à lire ici

août 17, 2004 | Permalink | Commentaires (13)

08/12/2004

La cuisine de Cook

Cet après midi, je suis allé écouter Charlie Cook, dont je vous ai déjà parlé en février: grand expert des élections, auteur du fameux "Cook report". Bon, pour lui, Kerry tient le bon bout, et seul un événement dramatique (attentat, par exemple) pourrait changer "la structure de l'élection" au profit de Bush.
Kerry grimpe dans les sondages, il mène déjà de 2 à 3 points, et la dynamique continue à jouer pour lui:
-L'économie, qui avait redémarré, patine de nouveau.
-La situation en Irak ne s'améliore pas.
-Surprise, Kerry lève autant d'argent que Bush, ce qui était jugé impensable il y a quelques mois.
-Surtout, la marge de progression potentielle est plus importante pour Kerry que pour Bush. Il reste trés peu d'indécis (6%) et Bush ne doit pas attendre grand chose d'eux. Les indécis finissent rarement par voter pour le candidat en poste, qu'ils connaissent déjà bien: ils examinent les autres candidats.
Cook a calculé que sur les 327 électeurs indécis interrogés par AP et Ipsos pendant les cinq derniers mois, seulement 19% pensent que le pays est sur la bonne voie, et 74% estiment qu'il est sur de mauvais rails. Pas plus d'un quart d'entre eux approuvent le bilan de Bush et 68% le désapprouvent. "Ce sont des chiffres très moches pour un président en poste" juge Cook. En V.O.: "Very ugly".
P.R.

août 12, 2004 | Permalink | Commentaires (4)

08/10/2004

Quel gribouille!

Encore un faux-pas de Kerry. Les militants démocrates s'arrachent les cheveux depuis hier. Interrogé dans le Grand Canyon, il a défendu sa décision de voter, fin 2002, la résolution donnant autorité au président d’entrer en guerre: si c’était à refaire, il le referait, a-t-il crâné. Pourtant, le même répète qu’il "ne sera pas un président qui déclarera sans raison une guerre".
En faisant un effort, on comprend bien le balancement subtil de sa pensée (en gros: j’ai eu raison de donner ce pouvoir au président, mais celui ci n'en n'a pas usé sagement). Le problème, c’est que dans une campagne électorale, seuls les messages simples et clairs passent. Bush l'a bien compris qui, lui, ne fait pas dans la dentelle. Ce matin, il n'a donc pas loupé son rival: “Près de deux ans après avoir voté la guerre, et après presque 220 jours passés à changer de position et s'être présenté comme le candidat anti-guerre, mon adversaire a trouvé une nouvelle nuance"... (Bush prononce toujours le terme “nuance” avec mépris, et avec un accent volontairement effeminé).... “Il est maintenant d'accord avec ma décision d'entrer en Irak”, a-t-il lancé à Pensacola, en Floride. "Après des mois consacrés à mettre en cause mes motivations et ma crédibilité, le sénateur Kerry est maintenant d'accord avec moi sur le fait que, quand bien même nous n'avons pas trouvé les stocks d'armes que nous pensions être là, et sachant ce que nous savons aujourd'hui, il aurait voté pour aller en Irak et déloger Saddam Hussein du pouvoir. Je veux remercier le sénateur Kerry pour sa clarification”. Rires et applaudissements assurés dans l'auditoire.
Par quelques mots maladroits, Kerry a donc gâché d’un coup une bonne partie du travail qu’il avait entrepris depuis la convention de Boston, pour gommer son image de “flipflopper” (girouette). Cela augure assez mal des débats entre les deux candidats.
A propos, ces débats auront lieu le 30 septembre à l’université de Miami, le 8 octobre à la Washington University de St. Louis et le 13 octobre à l’Arizona State University.
P.R.

août 10, 2004 | Permalink | Commentaires (16)